Association d’aide au développement et à l’investissement en Algérie
26 Mar
Les entrepreneurs veulent une révision des marchés
Le ciment, le rond à béton et différents autres matériaux de construction ont connu une hausse des prix qui ont provoqué une réunion au sommet eu égard à ses répercussions sur la réalisation des différents programmes de logements et d’infrastructures.
Certains entrepreneurs parlent carrément de spéculation et invitent l’Etat à mettre de l’ordre en plafonnant par exemple le prix du rond à béton qui est «monté à la source». Il est cédé aujourd’hui, après avoir oscillé autour de 4500 DA, il y a une année, à 8000 DA la tonne, prix usine, les détaillants y ajoutent une marge de 1500 DA ce qui le place à prés de 10.000 DA.
Un coût jugé «excessif» par les autoconstructeurs et les grosses entreprises. Il n’y a pas que l’acier ; il y a aussi le sable qui a, de 6000 DA, grimpé à 9000 DA malgré la levée de l’interdiction d’exploiter le sable de l’oued. Le ciment n’est pas mieux loti. Un revendeur nous a laissé entendre que cette matière, en guise d’explication, «était soumise à la spéculation boursière» et que les prix y sont répercutés automatiquement sur le marché.
D’autant plus que «les 80% des besoins sont importés». Bien que les cimenteries parlent d’avantages ou de « priorités» dans les commandes aux détenteurs de marchés, les entrepreneurs ne cessent de crier à «la mainmise du marché parallèle sur la distribution». Car apparemment, ceci n’est que «théorique», se défend un entrepreneur. Explication : les entrepreneurs qui ont un marché présentent aux unités de production leur bon de commande et leur ODS (ordre de service) mais ne sont honorés que «selon les délais contractuels» fixés dans le contrat. Une situation qui «pousse l’entrepreneur à se rabattre sur le marché parallèle», explique M. Chibane, responsable d’une entreprise de bâtiment à Alger. Donc au lieu de le payer 460 DA le quintal, le ciment est «proposé à 680 DA par certains transporteurs» qui ont par miracle «déjà un bon d’enlèvement», témoigne cet entrepreneur.
Cet opérateur, qui est sur plusieurs chantiers, a décidé de «ne plus prendre de marchés» à part ceux liés aux «travaux d’aménagement qui ne consomment pas beaucoup de ciment.» La facture est importante puisqu’il faut débourser «jusqu’à 35% de plus qui iront dans les poches des spéculateurs». C’est le même vent de panique chez certains entrepreneurs dans la wilaya de Boumerdès qui mettent en garde sur les répercussions de cette frénésie spéculative. Les marchés contractés sont «en veilleuse, ou plus exactement avancent timidement», nous dit un des entrepreneurs en bâtiment contacté hier. «Nous avons été plusieurs à refuser de prendre de nouveaux marchés» et ce jusqu’à ce «nous y voyions plus clair», allusion à la réunion du conseil du gouvernement qui se tenait ce mardi et «les mesures qu’il doit prendre», nous dit-on.
Il est vrai que le marché des matériaux de construction accuse un déficit en attendant le démarrage des autres unités en partenariat. Il se creuse avec «l’important programme des LSP, d’infrastructures…», explique un de nos interlocuteurs. Cela dit, l’une des unités qui étaient «en période de régulière de maintenance» (Meftah) a repris il y a une dizaine de jours, a-t-on appris. Elle peut «atténuer la tension sur le ciment» en attendant l’autre unité de Sour Ghozlane qui était également à l’arrêt. Ceux deux unités ont «une capacité de production réelle de un million de tonnes», avait expliqué un responsable de ERCC.
Le conseil des ministres devra se pencher sur ces unités pour atteindre la cadence maximale de production d’autant plus qu’elles ont subi des opérations de rénovation récente. Cibler les causes réelles à savoir si c’est bien production qui n’arrive pas à couvrir les besoins ou encore sur le dysfonctionnement des circuits de distribution, à l’instar du problème des fruits et légumes. Il y a quelques jours, le ministre de l’Habitat a parlé de mesures de rétorsion contre ces pratiques spéculatives qui peuvent entraver la réalisation des programmes. Le responsable du secteur se veut moins alarmiste sur la flambée générale qui touche les prix des matériaux de construction.
Pour lui, cette «pression spéculative» ne touche qu’à hauteur de 8 à 10%» l’acte de construire. L’Union générale des entrepreneurs algériens (UGEA) a, de son côté, prévu aujourd’hui une conférence-débat sur le sujet. La question de l’actualisation des prix devra accaparer les débats car c’est la seule manière de «se prémunir contre la faillite», nous a expliqué un chef d’entreprise.
Kaddour D.
Horizon – 26 mars 2008
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